Lettre ouverte aux “Antifas”

Quand les Antifas deviennent des Bourreaux…

Je garderai avec vous la distance que vous avez mise il y a plusieurs mois quand vous avez décidé qu’il y avait des échelles aux harcélements en fonction de qui les subissait.

Je ne vous appellerai pas « camarade », notre lutte a pris des chemins différents et surtout, je ne souhaite pas vous trouver sur le mien, plus jamais. Vous avez décidé de vous offusquer des appels au viol, mais pas de tous.

Des divulgations d’identité, d’adresse, de photos sur des pages publiques, mais pas de toutes. Vous avez décidé de jouer aux hommes mais pas tout le temps, d’être courageux quand ça ne vous contraint pas, de porter vos couilles quand la situation est facile et sans risque. Je suis une femme. Je suis antifasciste. Je suis administratrice d’une page que vous suivez pour la plupart. Je suis une femme qui a subi un harcèlement répété pendant près de deux ans.

Ce harcèlement, vous en avez pris connaissance et vous avez décidé qu’il ne vous concernait pas. Vous avez décidé que les appels au viol, au lynchage sur une page publique ça ne vous concernait pas. Pire, vous avez pour la plupart trouvé que j’avais dû faire quelque chose de mal pour mériter ça. Pour mériter quoi au juste? Un appel au viol? Je ne vous appellerai pas « camarade », vous comprendrez j’espère qu’entre vous et moi, ça ne sera plus jamais comme avant. J’avais du respect pour vous et pour certains un peu d’admiration, je l’avoue et de la fierté aussi: dans mon camp, on défend tous les opprimés, on se bat contre le sexisme, contre le racisme, contre les discriminations, contre les injustices, toutes les injustices.

Je suis une femme, avec un prénom arabe, d’origine juive-polonaise et handicapée.

En vrai, nous sommes deux. Mais nous ne formons qu’une depuis deux ans. Nous avons été attaquées parce que: femmes, au prénom arabe, d’origine juive-polonaise et handicapée. Et vous n’avez pas bougé. Pas une fois. Notre page, une des plus grosses pages antifascistes restera immaculée de toute cette bouse. Jamais, malgré les attaques nous n’avons fait de communiqué ouvert sur notre page publique. On aurait pu, on ne l’a jamais fait.

Ce n’est pas de la haine que nous avons contre vous, c’est de la colère. Vous ne faites pas partie de ceux sur qui on peut compter. Vous n’êtes pas courageux, vous n’êtes rien finalement. Vous êtes à dominante des hommes et en tant que tels vous restez à dominante sexistes et couards. Quand on a cherché à vous provoquer un peu pour avoir une réaction de votre part sur ce qui s ‘est passé, la fuite a été votre seule réponse, la fuite et l’indifférence.

La honte aussi peut-être un peu? Aujourd’hui de l’eau a coulé, plus grand chose ne nous atteint, même si les harceleurs piquent encore de temps en temps – une des dernières fois il y a encore quelques jours – , ils ne nous touchent plus. Et surtout on a gagné la force que vous n’aurez jamais. Celle qui nous rend invincibles, seules contre vous tous. Vous n’êtes même pas de leur côté, vous avez décidé de rester « neutres ». Neutres en situation d’injustice, vous avez donc choisi le camp de l’oppresseur comme dit Desmond Tutu que vous aimez tant citer…

Mais nous vous laissons, vous avez mieux à faire, comme par exemple pointer du doigt des pseudo-antifascistes qui fricottent avec des conspis… mais peut-être que là aussi vous choisirez de ne pas intervenir, pas cette fois en tout cas, pas quand ça les concerne « eux »?

Vous n’êtes rien.

Barrage de Sivens : la forme risque de desservir le fond – Analyse à froid

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Il s’agit d’une tribune libre de Guillaume Cervantes et cela ouvre le débat [Note de l’équipe]

Je me permets d’écrire ces quelques lignes pour attirer l’attention sur ce que je perçois comme un risque contre-productif dans la lutte le FN. Évidemment, ces propos me sont propres et ils n’engagent que moi. En aucun cas, ils ne cherchent à justifier la mort de Rémi Fraisse.

Comme beaucoup de personnes, je me sens concerné par la mort de Rémi Fraisse, opposant au barrage de Sivens. Je trouve insupportable l’usage de grenades dites offensives, dont le nom laissait présager le désastre qu’elles pouvaient provoquer. J’ai lu et entendu qu’elles étaient mortelles à bout portant, et suite au témoignage d’une médecin [1], je découvre que leur utilisation a été la source de mutilations à Notre-Dame-des-Landes.Alors forcément, je me projette dans la pire situation qui puisse se produire : un militant qui ramasse une grenade, pensant qu’il s’agit d’une lacrymo ou de tout autre projectile à la dangerosité relative, n’imaginant pas qu’en 2012 la police utilise encore des armes létales pour réprimer une manifestation. A qui la faute de cet imaginaire ? Aux force de l’ordre ? Aux médias qui n’ont jamais évoqué, pas même pendant les émeutes de 2005, l’usage de telles armes ? Il est vrai que lorsque Sarkozy jouait au « premier flic ce France » et annonçait la mise en service des flashball, l’opinion a pu croire que la police avait enfin de quoi dérouiller les manifestants sans bavure. Elle se trompait. Très vite, on a constaté que de jeunes manifestants ont perdu un œil, à cause d’une arme dont les consignes d’usage interdisaient pourtant le tir au visage. Mais l’Homme, et parmi lui le représentant de la « violence légitime » (concept juridique qui qualifie le droit d’un État, en principe démocratique, à recourir à la force pour préserver la société d’un mal estimé plus grand), n’est pas infaillible.

Au regard du “monopole de la violence légitime”, la théorie veut qu’un État se dote d’un moyen d’assurer une répression utile, et bien légitime dans certains cas, avec des moyens adaptés à la situation (on ne va pas utiliser un bazooka face à un cambrioleur en principe). Une société qui va vers le meilleur d’elle-même doit bien évidemment assumer les risques qui peuvent découler de l’usage de ses moyens de répressions légitimes (j’insiste sur ce mot), et nous devons tous l’accepter, sauf à vivre dans une forme d’anarchie fondée sur l’injustice (vous me direz c’est déjà parfois le cas). Encore faut-il que l’usage de ces moyens soit réellement légitime et proportionné. Il faut donc se pencher concrètement sur ce qu’il s’est passé à Sivens.

Comparons l’affaire du barrage de Sivens avec l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Dans ce dernier cas, les voies de Droit avaient été respectées, et la répression policière pouvait être considérée comme légitime. Certes, on peut penser qu’elle a été disproportionnée dans ses moyens et le débat reste ouvert sur ce point. On peut aussi considérer le point de vue politique de l’affaire : le projet d’aéroport semblait obsolète pour des raisons tant économiques qu’écologiques. Cela légitime à tout le moins le droit de s’indigner. Continuer ce projet met aussi en avant un problème lié au fonctionnement de notre démocratie : comment contrôler l’action des élus après qu’ils aient été mis en place ? Ce débat est lui aussi ouvert (exemple : Mélenchon et sa proposition de référendum révocatoire).

Ce qui différencie Sivens de Notre-Dame-des-Landes selon moi, c’est qu’à Sivens l’ensemble des facteurs qui prohibent selon moi le recours à la violence légitime étaient réunis. Il y a de très fortes chances que le barrage soit illégal (cf. sur ce point l’affaire du stade de Lyon qui ressemble fortement au problème juridique du barrage du Tarn). Puisque le barrage a de grandes probabilités d’être déclaré illégal et que de toute façon les tribunaux ont été légalement saisis sur ce point, il est dans tous les cas immoral de le construire par un passage en force. Le Conseil général du Tarn joue la montre face aux tribunaux. Enfin, cerise sur le gâteau, l’usage des forces de l’ordre est disproportionné dans un lieu où rien n’était à protéger, et le seul risque, lié au replantage d’arbustes, ne présentait aucune gravité, ni immédiate, ni future. Je reconnais donc que l’intervention de la gendarmerie est inadaptée, illégitime, et que la puissance publique est responsable de la mort de Rémi Fraisse. D’autres ne sont cependant pas de cet avis.

Voilà ce que l’on peut retrouver sur les réseaux sociaux : Soutien aux Gendarmes de Sivens[2] (qui fait étrangement échos à la page de soutien au bijoutier de Nice qui avait abattu un braqueur). Cette page annonce soutenir les gendarmes sans vouloir faire de polémique, mais il suffit de voir les images qu’elle partage, et notamment une BD[3], pour comprendre qu’elle veut provoquer un amalgame entre militants anti-barrage et radicaux. On y voit des opposants au barrage de Sivens se réjouir de la mort d’un gendarme frappé à mort. Cette propagande joue malheureusement en partie sur des faits réels : après quelques recherches, on peut constater que certains radicaux ont effectivement jeté des cocktails Molotov (on voit les images) et des bouteilles d’acide sur la police (on le lit sur des sites disons “sérieux”). Ces faits, c’est mon sentiment, desservent la lutte contre le FN. Ils servent les propos des fascistes qui rêvent de faire de leurs opposants dans l’opinion, des gens pires qu’eux. La destruction, froide et méthodique, du mobilier urbain par des casseurs lors d’une manifestation à la mémoire de Rémi Fraisse alimente cette dérive.

Nous devons lutter contre le FN en démontrant que nous sommes moins influençables, que nous avons un esprit critique affûté. Nous devons être meilleurs en refusant d’utiliser les méthodes violentes que nous dénonçons. Je sais que c’est encore plus difficile d’accepter de ne pas répliquer lorsque mêmes ceux qui sont censés nous protéger nous matraquent, mais c’est occulter la puissance médiatique dont ils disposent, sans chercher à partir dans le complotisme. Le système des chaînes d’infos a besoin d’images plus que de réflexion pour continuer à attirer des spectateurs, c’est le problème de la viabilité de ces chaînes basées sur leurs audiences. Un cocktail Molotov est bien plus parlant qu’un débat justifiant l’intérêt de mettre un terme au barrage. Dans ce système étrange, si on avait vu Rémi Fraisse exploser, ce qui du point de vue de la déontologie me paraît impensable, l’opinion se serait mise du côté du militant, mais ce n’est pas le cas, et il faut faire avec.

Je condamne donc les dérives de ces manifestations, tout comme je condamne les excès injustifiés des forces de l’ordre. Je ne pense pas que faire la révolution par la violence soit une solution, car certes elle peut apporter un élan, mais sur le long terme, me paraît souvent plus difficile à légitimer car elle se construit aussi d’excès et d’injustice…


[1] http://www.presseocean.fr/actualite/nantes-un-medecin-relevait-des-2012-les-risques-lies-aux-grenades-offensives-29-10-2014-13

[2] https://www.facebook.com/pages/Soutien-aux-Gendarmes-de-Sivens/1562623673967531?fref=ts

[3] https://www.facebook.com/1562623673967531/photos/pb.1562623673967531.-2207520000.1415185193./1563355543894344/?type=1&theater