Témoignage

Extrait du livre de Lucien CARIAT : « Ici, chacun son dû»

« … le récit de la création du Comité des Intérêts Français au K.L.B. (Konzentration-slager Buchenwald). Cet épisode peu connu de la Résistance des Français à l’intérieur du camp met particulièrement en valeur la grande figure du Docteur Brau. Joseph Brau, médecin de La Ferté-sous-Jouarre, arrêté à la frontière d’Espagne en juillet 1943, est déporté à Buchenwald en octobre. Radiologue du camp, il est l’âme de la Résistance française au Revier.« Ici, chacun son dû » vous montrera le combat de ce patriote courageux, dont l’œuvre de solidarité fut constante et admirable et qui devint médecin-chef du camp à l’arrivée des Américains en avril 1945.

 


Témoignage sur la déportation au camp nazi de Buchenwald (Cet extrait concerne François LAFAURIE (1912 – 2002), notre père)

 François Lafaurie avait 30 ans lorsqu’il dut quitter ses fourneaux et fut incarcéré à la santé en mai 1942. Natif de Bayonne, petit, solide, le nez puissant, l’œil noir et l’accent chantant, son optimisme naturel l’empêche de voir la gravité des situations les plus compromises. Après un an de prison, les Allemands le conduisent dans les casemates du Fort de Romainville, où il reste trois jours avant d’être dirigé sur Compiègne.

C’est là qu’il fait la connaissance de Roger Poujol qui va devenir son ami. Le 24 juin 1943, dans le même wagon, ils quittent Compiègne. Deux jours plus tard, ils franchissent la porte de Buchenwald. A l’automne, Poujol était nommé infirmier par l’organisation clandestine. Lafaurie devenait son Kalfaktor. À eux deux, ils se chargèrent de remonter le moral de leurs compatriotes qui passaient par la salle sept dont ils s’occupaient.

Mais Lafaurie abandonna rapidement ses fonctions. Victime d’une crise d’appendicite, il fut hospitalisé en même temps qu’un autre Français, Bertezaine, et Horn décida de les opérer. Bien que manquant d’éther et de chloroforme, le chirurgien Tchèques, les anesthésiant localement, pratiqua l’intervention. Bertezaine se remit assez bien de l’énorme ouverture qui lui fut faite, mais le pauvre Lafaurie se sentait de plus en plus mal.

Une fièvre intense le dévorait. Il délirait. Septicémie. 11 jours durant, Poujol le soigna de son mieux, l’entourant de son fraternel dévouement. Finalement François sortit de son coma. Quelques sulfamides l’avaient sauvé mais il souffrit longtemps de cette cicatrice qui lui barrait le ventre et qui fit la curiosité de Brau lorsqu’ils se connurent. D’ailleurs, quand ils se retrouvèrent à Coulommiers après la libération, Bertrand ne put s’empêcher de faire examiner Lafaurie par son ami le chirurgien Berson. 

! Bigre ! S’étonna-t-il il vous a ouvert le ventre !… On vous coupait en deux pour des riens, là-bas !… 

Lafaurie, dès qu’il alla mieux, repris son service avec Poujol et souvent eut à redonner espoir à certains malades en proie au découragement. Un jour, un jeune détenu fiévreux ne voulait pas manger. Il en avait marre du camp, marre de la maladie, marre de la vie.

Écoute mon petit gars, lui dit Lafaurie, tu es jeune, tu ne dois pas désespérer. Tu occupes un lit, c’est un bien que beaucoup voudraient avoir dans ce camp.

Profites-en. Pense à ceux qui sont plus malheureux que toi. Courage. Nous sommes ici pour sauver le maximum de Français, mais il faut que ces Français nous aident à lutter contre leur maladie, leur découragement, leur désespoir. Les jeunes, en particulier, qui feront la France de demain. Allez, mon gars, plus d’idées noires, mange ta soupe !

Et fraternellement, il l’aida à manger, pendant que De Tessan, allongé à côté et déjà bien malade, s’exclamait : 

Bravo, François, voilà qui est bien parlé !… 

Le député de Meaux, opéré de flegmons, ne tarda pas à ressentir les effets de la septicémie. Son ami Poujol le veilla avec dévouement, mais le mal empirait. Une nuit, Lafaurie eu bien des difficultés à le recoucher. Il était tombé du lit et divaguait, parlait de s’en aller, d’aller voir les Américains. Une fièvre brûlante le consumait.

Quelque temps après, il succombait, en avril comme devait succomber Poujol en juin 1944. À la suite de frictions entre le comité international et le comité français, Lafaurie dut abandonner sa place de Kalfaktor. Les Allemands étaient souvent en désaccord avec Marcel Paul à qui il reprochait son sens de l’union, sa camaraderie trop sentimentale et son attachement national. Pour bien montrer leur opposition aux conceptions unitaires chez de Marcel Paul, ils remettaient en cause des décisions prises en commun. Lafaurie en fut victime mais Karl, lui, ne le laissa pas tomber et le prit à son service au secrétariat du Revier.

L’ex infirmier devenu gratte-papier eut la haute main sur le fichier des malades. Il rendit ainsi de grands services à Brau en le renseignant sur la situation ou la destination des détenus qui avaient été soignés au Revier. Il conserva même les fiches des décédés au lieu de les détruire comme il devait le faire. Son rôle fut particulièrement important à la libération. Il enleva du fichier toutes les fiches des Français, les classa par ordre alphabétique, il adjoignit toutes les fiches de décès et les enferma dans cinq grandes caisses.

Puis il se mit à la disposition du médecin-chef qui le reprit comme infirmier le 22 avril, Brau n’ayant plus assez de médecins à sa disposition lui confia un convoi de malades voyageant en trois camions, et Lafaurie quitta définitivement Buchenwald pour Eisenach où il fit hospitaliser ses camarades avant de regagner la France.

Le Dr Joseph Brau

Le Dr Joseph Brau, avec son ami le Dr Berson, entre dans le réseau de résistance Hector où il devient Bertrand. En 43 il est arrêté sur dénonciation. Il est déporté à Buchenwald.

Joseph Brau sait se faire accepter et reconnaître par sa compétence et son dévouement. Avant son arrivée pour être admis au Revier, il faut avoir de la fièvre. Il demande et obtient l’admission de malades sans température sur la foi de son diagnostic. La résistance se poursuit à l’intérieur du camp, médecin radiologue, le Dr Brau parvient à faire des admissions à l’infirmerie, même dépourvue de moyens, ce sont des soins, beaucoup de chaleur humaine, pas d’appel, pas de travail et quelques jours de répit qui peuvent sauver la vie.

Dans tous les camps, les vols de pain (qui peuvent condamner le voleur à mort) entraînent souvent l’exécution du coupable. À Buchenwald, Joseph Brau est à l’origine d’une punition moins définitive : le voleur doit être promené toute une journée dans le camp avec une pancarte « je suis un voleur »

*Bertrand: nom de résistant du Dr Joseph Brau

*Le Revier: quartier des malades du camp

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