La déportation des homosexuels

Uniforme avec le triangle rose

C’est sans doute le chiffre le plus difficile à avancer en matière de déportation. Les témoignages manquent, les dossiers n’ont pas tous été retrouvés et les homosexuels ont rarement voulu évoquer les vraies raisons de leur déportation.

L’organisation de cette déportation ne fut cependant pas systématique et les déportés homosexuels n’étaient pas exterminés à leur arrivée dans les camps contrairement aux Juifs et aux Tziganes.

Contrairement à l’Allemagne, on ne peut pas parler de persécution systématique concernant la France. Mais il est certain que des homosexuels furent arrêtés pour d’autres motifs également.

En France les déportations d’homosexuels ont été importantes surtout en Alsace-Moselle. Dans cette région annexée, les lois allemandes s’exercaient et réprimaient clairement l’homosexualité. C’est bien la mention « homosexuel » qui figure sur les listes les concernant.

Prisonniers homosexuels du camp de concentration de Sachsenhausen, reconnaissable par leur triangle rose cousu sur leur uniforme de prisonnier.

Les nazis voient l’homosexualité comme une déviation, une maladie et comme une menace contre la famille et l’état. Ils pensent que les homosexuels peuvent influencer et « infecter » d’autres allemands « en santé » et ainsi menacer la croissance de la population allemande.

Aussitôt les nazis au pouvoir en 1933, ils bannissent les journaux et les organisations gays. Les cafés et les bars homosexuels sont aussi fermés. À l’automne de 1933, les premiers hommes arrêtés à cause de leur homosexualité sont envoyés aux camps de concentration de Dachau et Fuhlsbüttel.

De la même façon que les Juifs devaient porter une étoile jaune, les homosexuels sont identifiés en portant un triangle rose sur leur uniforme. Ils sont au plus bas dans la hiérarchie de la prison et sont souvent maltraités par les autres prisonniers ce qui voulait dire que leurs chances de survie étaient très minces.

Le premier rapport de référence paraît en France en 2001, il a été commandé par le ministère des Anciens Combattants à la Fondation pour la mémoire de la déportation (FMD).

Ce rapport Mercier (du nom de Claude Mercier, qui dirigea les recherches) parle de 210 hommes français arrêtés et déportés au titre du motif d’arrestation n°175.

Plus précisément: « 206 étaient des résidants dans les trois départements annexés du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de Moselle; 4 étaient des Français d’autres départements, volontaires pour le STO, arrêtés en Allemagne. »

Le paragraphe 175 interdisait l’homosexualité masculine et en 1935, il est amendé et agravé ce qui a multiplié la répression à l’encontre des homosexuels et légitimé leur déportation. Les homosexuels arrêtés étaint d’ailleurs surmommés les « Hundert-fünf-und-siebzig », les « 175 », dans les camps.

C’est Himmler obsédé par une homosexualité qu’il traque à la tête de sa SS alors même qu’il a été un disciple de Röhm, chef des SA et homosexuel notoire, qui va prendre en charge la déportation et l’extermination des homosexuels en Allemagne.

Deux millions d’homosexuels, « ce sont autant de femmes pour lesquelles il n’y a pas d’hommes« , alors qu’elles « sont aptes à procréer« , s’était indigné Himmler, en constatant que « cela représentait une hypothèque énorme » pour l’avenir de l’Allemagne.

Himmler

Si j’admets qu’il y a 1 à 2 millions d’homosexuels, cela signifie que 7 à 8 % ou 10 % des hommes sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse.

À long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel… Un peuple de race noble qui a très peu d’enfants possède un billet pour l’au-delà : il n’aura plus aucune importance dans cinquante ou cent ans, et dans deux cents ou cinq cents ans, il sera mort… L’homosexualité fait échouer tout rendement, tout système fondé sur le rendement ; elle détruit l’État dans ses fondements.

À cela s’ajoute le fait que l’homosexuel est un homme radicalement malade sur le plan psychique. Il est faible et se montre lâche dans tous les cas décisifs… Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l’Allemagne, la fin du monde germanique.

  Himmler fév. 1937

    il faut abattre cette peste par la mort. 

Himmler nov. 1940

Nous avons en France peu de témoignages. Il existe celui de Pierre Seel, déporté dans le camp de redressement de Shirmeck. Il a écrit un ouvrage sur son histoire: Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel.

Pierre Seel, déporté homosexuel

Des jours, des semaines, des mois passèrent.

De mai à novembre 1941, je vécus six mois de la sorte dans cet espace où l’horreur et la sauvagerie étaient la loi. Mais je tarde à évoquer l’épreuve qui fut la pire pour moi, alors qu’elle se passa dans les premières semaines de mon incarcération dans le camp.

Elle contribua plus que tout à faire de moi cette ombre obéissante et silencieuse parmi d’autres.

Un jour, les haut-parleurs nous convoquèrent séance tenante sur la place de l’appel.
Hurlements et aboiements firent que, sans tarder, nous nous y rendîmes tous. On nous disposa au carré et au garde-à-vous, encadrés par les SS comme à l’appel du matin. Le commandant du camp était présent avec tout son état-major.
J’imaginais qu’il allait encore nous asséner sa foi aveugle dans le Reich assortie d’une liste de consignes, d’insultes et de menaces à l’instar des vociférations célèbres de son grand maître, Adolf Hitler. Il s’agissait en fait d’une épreuve autrement plus pénible, d’une condamnation à mort.

Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme.

Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l’avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. Je me figeai de terreur. J’avais prié pour qu’il ait échappé à leurs rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s’embuèrent de larmes.

Il n’avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes. Que s’était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j’ai totalement oublié le contenu de l’acte de mise à mort.

Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis que les SS le mettaient à nu.

Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d’abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d’horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu’il perde très vite connaissance.

Depuis, il m’arrive encore souvent de me réveiller la nuit en hurlant. Depuis plus de cinquante ans, cette scène repasse inlassablement devant mes yeux.

Je n’oublierai jamais cet assassinat barbare de mon amour. Sous mes yeux, sous nos yeux. Car nous fûmes des centaines à être témoins. Pourquoi donc se taisent-ils encore aujourd’hui ? Sont-ils donc tous morts ?

Il est vrai que nous étions parmi les plus jeunes du camp, et que beaucoup de temps a passé. Mais je pense que certains préfèrent se taire pour toujours, redoutant de réveiller d’atroces souvenirs, comme celui-ci parmi d’autres.

Quant à moi, après des dizaines d’années de silence, j’ai décidé de parler, de témoigner, d’accuser.

Pour aller plus loin sur l’histoire de Pierre Seel: http://www.lesflamandsroses.com/spip.php?article43

L’une des voies de survie possible pour certains homosexuels fut la castration, que certains officiels de justice criminelle considéraient comme un moyen de « guérir » la déviance sexuelle.
Les accusés homosexuels dans des dossiers d’affaires criminelles, ou dans les camps de concentration, l’acceptèrent parfois à la place de sentences plus lourdes.

Plus tard, les juges et les officiels des camps SS purent ordonner la castration d’un prisonnier homosexuel sans son consentement.

Les nazis, qui voulaient trouver un « traitement » contre l’homosexualité, développèrent leur programme pour y intégrer des expériences médicales faites sur les prisonniers homosexuels des camps de concentration.

Ces expériences furent la cause de maladies, de mutilations, et même de décès, sans pour autant apporter quoi que ce soit à la connaissance scientifique.

Les homosexuels ont été parmi les cobayes préférés des nazis pour toutes sortes d’expérimentations.

http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=74

http://deportation-homosexuelle.blogspot.fr/

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/deportation-des-homosexuels-la-realite-des-chiffres_1082732.html

Lire aussi le témoignage de Rudolf Brazda, Itinéraire d’un triangle rose: http://www.ladepeche.fr/article/2010/06/06/849548-97-ans-dernier-survivant-triangles-roses-raconte-deportation.html

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