Témoignage

A l’occasion des 70 ans de la libération d’Auschwitz, vous avez été nombreux à partager avec nous vos souvenirs ou ceux de vos proches. Voici quelques-uns de vos témoignages.

Transmettre pour ne pas oublier, même quand la douleur se mêle à l’horreur. A l’occasion des cérémonies commémorant la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau et de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, « International Holocaust Remembrance Day » , francetv info a lancé un appel à témoignages des personnes qui y ont été déportées ou de leurs proches. Voici quelques-unes de leurs contributions à ce devoir de mémoire.

« Mon père ne m’en a parlé qu’une seule fois »

Le père de Liora a fait partie des Sonderkommandos. Choisis parmi les prisonniers, ils devaient accompagner les victimes dans les chambres à gaz, puis en sortir les corps. Liora nous livre un descriptif détaillé de la déportation de son père.

« Mon père avait 24 ans lorsqu’il est arrivé à Auschwitz, par le convoi numéro 6 du 17 juillet 42. Il a fait partie des Sonderkommandos, a survécu au cachot disciplinaire, a travaillé au revier (le quartier des malades) et a même côtoyé le docteur [Josef] Mengele. Il a ensuite fait la marche forcée qui l’a amené à Dachau, d’où il a été libéré le 30 avril 1945 par les Américains, avant d’être rapatrié à Paris le 20 mai. Il portait le numéro 49597. Il était d’origine polonaise, né à Zdunska Wola, près de Lodz.

Il était venu en France faire ses études de médecine. Sa famille restée en Pologne, ses parents, sa sœur et son frère ont été exterminés, peut-être à Treblinka. Il ne m’a parlé qu’une fois de tout cela, et de façon très détachée. Il est mort en 1991, un an après être retourné en Pologne, et à Treblinka, pour la première fois après la guerre. A son retour, il m’a dit : ‘J’ai marché sur les os de mes parents’. »

« Jamais il ne m’a parlé de ce qu’il avait vécu à Dachau »

Marion T. rassemble dans son témoignage les informations parcellaires qu’elle a réussi à récolter sur l’histoire de son grand-père, aujourd’hui décédé. Déporté à Dachau, il n’a « jamais, au grand jamais (…), parlé de ce qu’il a vécu ».

« Je ne dirais pas que sa déportation est un sujet tabou dans la famille, mais il est vrai que nous n’en parlions jamais. Il parlait volontiers de son enfance durant la première guerre mondiale (ça doit être l’un des plus forts souvenirs que j’ai de lui vivant), mais jamais, au grand jamais, il ne m’a parlé de ce qu’il avait vécu à Dachau. Ma mère elle-même n’en sait pas plus, même sur les raisons de sa déportation. Elle et ses frères supposent qu’il a tenté de s’enfuir dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), qu’il a été rattrapé et donc ensuite déporté. Et, malheureusement, les archives de Dachau ne nous ont pas beaucoup apporté de détails.

En tout cas, il a été physiquement marqué par l’épreuve de sa déportation, ayant eu une santé fragile tout au long de sa vie après la guerre. Je pense que sa personnalité a également été impactée par cette expérience : il n’était pas spécialement bavard, assez renfermé sur lui-même. Mais il adorait écrire. Cependant, il n’a visiblement pas couché sur le papier toutes ces choses qu’il a vécues en Allemagne. Nous n’avons rien trouvé de tel dans sa maison, malgré nos espoirs. Cela aurait certainement éclairé ces zones d’ombre du passé de ma famille. »

« La famille ne s’en est jamais remise »

Une personne, restée anonyme dans les commentaires, nous livre un témoignage bouleversant du calvaire vécu par deux cousins de sa mère, déportés à Auschwitz-Birkenau. Une histoire qui a traumatisé tout le reste de la famille.

« Le premier a été gazé rapidement, mais le deuxième a survécu jusqu’à la libération. Alors que l’Armée rouge avançait, les nazis ont commencé à évacuer les camps. Le cousin survivant a donc été évacué avec les autres, mais les nazis tuaient ceux qui tombaient. Il est tombé. Un soldat l’a alors aspergé d’essence et l’a brûlé vif. La scène a été ensuite rapportée par des témoins survivants. Il est mort au tout dernier moment. S’il n’était pas tombé d’épuisement, il aurait survécu. J’ai entendu cette histoire toute mon enfance. La famille ne s’en est jamais remise. »

« Je ne guéris pas des larmes de mon père »

Nérélé nous explique avec émotion comment la douleur de son père a traversé les générations.

« Ma famille paternelle a été décimée à Auschwitz-Birkenau. Ma grand-mère, sa sœur avec son mari et ses quatre enfants, un autre beau-frère ont été raflés à Paris, entre 1942 et 1944. Un frère et sa femme ont été déportés de Belgique. J’ai aujourd’hui 64 ans, je n’étais pas née à cette époque, mais ce que je voudrais exprimer, c’est le traumatisme qui traverse les générations. Je ne guéris pas de cette barbarie, ni de la douleur visible, même peu exprimée, de mon père jusqu’à sa disparition. Je ne guéris pas de ses larmes, d’homme pourtant fort, lorsqu’il évoquait et, sans doute, idéalisait sa mère. »

« Mon oncle pesait 30 kilos »

L’oncle de Lynette, trop faible, n’a pas survécu à la Libération. Dans sa famille aussi, son histoire n’était que très rarement évoquée.

« Mon oncle parlait plus de vingt langues et dialectes. Lors de sa déportation, on lui a donc assigné la fonction de traducteur. Il a dû y rester entre deux et trois ans. A la libération du camp d’Auschwitz, il ne pesait que 30 kilos, et il est mort peu de temps après. Je n’ai pas eu plus de détails, le reste de la famille (père, mère, frère et sœur ) étant éparpillé, et le sujet n’ayant été pratiquement jamais abordé. »

« Ils n’étaient ni juifs ni communistes, seulement patriotes »

Les grands-parents d’Arnaud Hubert, habitant à Metz (Moselle), ont été déportés en raison de leur engagement dans la Résistance. Une histoire qu’il a réussie à connaître grâce à un codétenu de son grand-père.

« Ils ont été déportés car ils faisaient partie d’un réseau de ‘passeurs’ entre la Moselle et la zone franche, arrêté en mars 1942. Mon grand-père a été envoyé à Oranienburg puis Sachsenhausen (Allemagne), puis il a participé, avant la fin de la guerre, à la longue marche de la mort vers la Baltique où il devait être exterminé. Ma grand-mère, quant à elle, a connu les camps de Ravensbrück (où elle a connu Geneviève de Gaulle et Marie-Claude Vaillant-Couturier), puis Mauthausen (Autriche) d’où elle a été libérée par la Croix-Rouge.

A leur retour, ils ont été élevés au grade de commandeur de la Légion d’honneur. Mais leur déportation a été assez peu évoquée, ils ne la relataient que par bribes. C’est un codétenu de mon grand-père qui a couché leur histoire sur le papier. J’ai toujours été admiratif de leur attitude face aux nazis. Ils n’étaient ni juifs ni communistes, mais seulement patriotes et amoureux de leur patrie. »

Source : http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/auschwitz/des-proches-de-deportes-temoignent-je-ne-gueris-pas-de-cette-barbarie_807221.html?hc_location=ufi

 

 

 

 

 

 

 

 

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