Journée mondiale des Roms

 

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Qui sont-ils?

Le terme « Rom » rassemble divers groupes d’individus ayant pour origine commune le nord-ouest de l’Inde et ayant émigré en Europe et sur le continent américain depuis plusieurs siècles.

Les historiens rappellent toutefois que les populations ainsi désignées –  6 millions en Union Européenne – se distinguent en trois ensembles principaux : 

– Les « Roms », originaires de Roumanie, Bulgarie, Grèce, Slovaquie, Serbie, Hongrie : selon l’association Rom Europe, ils représentent 85 % des Tsiganes européens. Leur arrivée en France s’est faite essentiellement en plusieurs vagues migratoires : d’abord au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, puis dans les années 1970 et enfin à partir des années 1990. S’ils viennent de la même région de l’est de l’Europe, ils n’ont pas la même nationalité, ni forcément les mêmes confessions religieuses, ni le même statut administratif. Il y aurait entre 15 000 et 20 000 Roms en France, dont 85 % de ressortissants européens, essentiellement bulgares et roumains.

Entre 15 000 et 20 000 Roms ! A l’échelle de la population totale française, cela représente tout au plus 0,030 %.
 

– Les « Sintés » et les « Manouches », installés en Italie, en France, en Allemagne, ont quant à eux transité par les régions germanophones. Ils représentent 5 % des Tsiganes européens.

– Les « Gitans » ou « Kalés », vivant en Espagne, au Portugal et dans le Sud de la France. Ils représentent 10 % du peuple tzigane européen.

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  • Des siècles de discrimination

Discriminés depuis des siècles, tour à tour envoyés aux galères sans procès, arrêtés dans les Basses-Pyrénées dans l’intention de les déporter vers la Louisianne, on doit aux hommes Roms divers grands travaux : canal d’Arles, canal d’Aigues-Mortes, construction de routes dans les départements des Hautes-Alpes et du Mont-Blanc alors que les femmes et les enfants étaient contraints à la mendicité.

Cela s’appelle l’esclavage et c’est le préfet des Basses-Pyrénées qui est à l’origine de ce phénomène (1802-1805).

Vers la fin du 18è siècle et tout au long du 19è siècle, l’Europe éclairée recherche des solutions « humaines » pour les sédentariser, d’autant que les Roms retrouvent avec la Révolution et le mouvement romantique une image plus positive empreinte de liberté. Malgré quelques échecs de ces politiques de sédentarisation, une partie de la population nomade se sédentarise malgré tout.

 

 

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Il faut attendre 1923 pour que des lois leur donnent des droits égaux aux sédentaires et les protègent contre les discriminations (Constitution roumaine de 1923).

Mais ces lois sont remises en question entre 1940 et 1944.

C’est, paradoxalement, la première moitié du 20è siècle, époque de libéralisation dans toute l’Europe, qui fut la plus dure pour les « gens du voyage ».

En France, une loi sur  « l’exercice des professions ambulantes et la circulation des nomades » les oblige pour la première fois, en 1912, à se munir d’un « carnet anthropométrique d’identité » qui doit être tamponné à chaque déplacement.

Marcel Waline dira en 1950 à propos de cette loi, en vigueur jusqu’en 1969, qu’elle constitue « un cas probablement unique dans le droit français (…) de législation appliquant à une certaine catégorie de gens, les nomades, un régime d’exception, rejetant cette catégorie hors du droit commun, et adoptant, pour opérer cette discrimination, un critère fondé sur un élément racial ». Ce contrôle administratif et de police existe toujours avec le Livre de Circulation .

Quant au terme « gens du voyage« , il s’agit d’une catégorie administrative, créée par la loi du 3 janvier 1969. Le terme désigne les personnes vivant plus de 6 mois par an en « résidence mobile terrestre ». Leur nombre est estimé à près de 400 000 personnes selon la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tziganes. Selon cette association, la quasi-totalité d’entre eux sont de citoyenneté française.

La répression du nomadisme se conjugue avec le succès des théories eugénistes sur la « protection de la race » dans les milieux scientifiques. La Suisse et la Suède — pour citer deux démocraties considérées comme exemplaires — mettent en place une législation qui vise à détruire la culture tzigane, avec l’assentiment ou l’approbation d’une majorité de la société. En Suisse, le département fédéral de justice et police planifie en 1930 l’enlèvement des enfants sur dix ans. La fondation Pro-Juventute a déjà mis en application en 1926 l’opération « les Enfants de la Grand-Route ».

Celle-ci enlève de force les enfants des Yéniches (Tsiganes de Suisse, en allemand Jenische) pour les placer et les rééduquer dans des familles d’accueil sédentaires, des orphelinats voire des asiles psychiatriques en tant que « dégénérés« 

Le docteur Alfred Siegfried, directeur des Enfants de la Grand-Route considère en effet les Yéniches comme génétiquement menteurs et voleurs. Non seulement on interdit aux parents biologiques de rencontrer leurs enfants (sous peine de prison) mais des stérilisations sont pratiquées sous prétexte « humanitaire » pour limiter leur reproduction. Cette opération ne prend fin en Suisse qu’en 1972. La Suède pratique une politique similaire jusqu’en 1975.

Extermination d’environ 1/3 des Tziganes Européens

  •  La Seconde Guerre Mondiale

Allemagne, le Parti national-socialiste renforce, dès son arrivée au pouvoir, une législation déjà assez dure ; bien qu’Indo-européens, les Zigeuner ne sont pas considérés comme des Aryens mais, au contraire, comme un mélange de races inférieures ou, au mieux, comme des asociaux. Ils sont vite parqués dans des réserves (on envisage d’en classer une tribu comme échantillon, mais le projet est abandonné), puis envoyés en Pologne, et enfin internés dans des camps de concentration sur ordre d’Himmler, puis éliminés dans des camps d’extermination.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, déportés à Auschwitz, à Jasenovac, à Buchenwald, entre 50 000 et 80 000 Tziganes d’Europe sont morts des suites des persécutions nazies. Les Tziganes ont aussi participé à la résistance armée en France, en Yougoslavie, en Roumanie, en Pologne et en URSS.

D’autres massacres ont pris une forme particulièrement cruelle dans cette période de chaos : ainsi, en Roumanie, le régime d’Antonescu déporte plus de 5000 Roms vers l’Ukraine occupée par les Roumains : la plupart meurent de froid, de faim et de dysenterie.

Quelques habitants courageux parviennent à protéger certains groupes. Le gouvernement roumain a officiellement reconnu ce génocide (en même temps que la Shoah) en 2005.

Triangle porté par les Tziganes

Lorsque se déclenche la Seconde Guerre mondiale, la France n’attend pas l’occupation allemande pour prendre des mesures privatives de liberté à l’encontre des « nomades« .

Le 16 septembre 1939, le préfet d’Indre-et-Loire les déclare « indésirables » dans le département et ordonne à la gendarmerie qu’ils « soient refoulés de brigade en brigade dans un autre département ».

Le 22 octobre 1939, le général Vary, commandant de la 9e Région militaire, ajoute une interdiction de séjour dans le Maine-et-Loire et une interdiction de circuler dans les deux départements précités ainsi que dans la Vienne, les Deux-Sèvres, la Haute-Vienne, la Charente, la Dordogne et la Corrèze, précisant quelques jours plus tard que la mesure s’applique également aux « forains ».

Un décret-loi du 6 avril 1940 interdit la circulation des nomades sur l’ensemble du territoire métropolitain pour la durée de la guerre et impose l’assignation à résidence.
Officiellement, cette mesure vise à réduire les risques d’espionnage mais il s’agit en réalité de contraindre les « Tsiganes » à la sédentarisation.
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Pour autant, les autorités se montrent réticentes à imposer l’internement à cause de la menace de reconstitution de bandes à l’intérieur des camps et pour ne pas imposer de charges trop lourdes à l’État. Ces réticences sont toujours de mise sous le régime de Vichy : seuls deux camps, le camp de Lannemezan et le camp de Saliers sont consacrés exclusivement à l’internement de « nomades » en zone sud.
En zone nord les Allemands sont à l’origine de l’internement des nomades. Différentes sources évoquent entre 3050 et 6000  internés tziganes, en précisant que 90 % sont de nationalité française, et que 30 à 40 % sont des enfants.Ce chiffre de 6 000 a été confirmé en 2009 et repris en 2010, par le secrétaire d’État aux anciens combattants Hubert Falco.

L’ordonnance du Militärbefehlshaber in Frankreich du 4 octobre 1940 édicte que « les Tziganes se trouvant en zone occupée doivent être transférés dans des camps d’internement, surveillés par des policiers français« .

Les autorités françaises y répondent dans un premier temps en créant de petits camps plus ou moins organisés ou improvisés[où les « nomades » sont soumis à un régime d’assignation à résidence assez dans l’esprit de la circulaire du 26 avril 1940 aux préfets.

►Le régime se durcit progressivement.

 

Le règlement du camp de Coudrecieux rédigé en août 1941 précise qu’aucune permission n’est accordée aux internés, tout en permettant des sorties encadrées par les gendarmes.

Dans son étude sur Arc-et-Senans, Alain Gagnieux distingue la période « camp de rassemblement » de septembre 1941 à mai 1942 et la période « camp d’internement » de mai 1942 à septembre 1943 lorsque les autorisations de sortie furent exclues.

 

Les conditions de vie au camp de Moisdon-la-Rivière sont décrites le 8 décembre 1941 par l’assistante sociale principale : les repas consistent en ersatz de café le matin avec une ration de pain pour la journée, parfois un peu de viande le midi pour agrémenter navets, betteraves, choux, et le soir une soupe trop claire ; à l’exception de quelques familles,

« toutes les autres sont parquées comme des bêtes dans deux grands baraquements de bois repoussants de saleté où jamais ne pénètrent ni le soleil ni l’air », la gale et les poux ne manquant pas de faire leur apparition.

En mai 1942, les instituteurs du camp de Mulsanne obtiennent du directeur d’une scierie voisine « l’autorisation de collecter les écorces et brindilles qui couvrent les sapinières (…) [qui] seraient collectées par les enfants au cours de promenades surveillées et destinées à la cuisson du lait des bébés du camp, aucun moyen de chauffage n’ayant été prévu jusqu’à présent .

Les gendarmes ont continué à pratiqué l’assignation à résidence pour les Roms encore un an après la fin de la guerre et ce même après le retour de certains déportés. À la sortie, les familles libérées ne retrouvent pas les roulottes et chevaux qu’elles possédaient et ne reçoivent aucune aide ou indemnisation.

 

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Marzahn ( Quartier de Berlin), l’un des premiers camp d’internement pour Tsiganes.

 

En 1995, le quotidien Centre-Presse publie le récit d’un survivant de Buchenwald qui témoigne du  « froid et de la faim, des coups, du travail harassant dans les galeries souterraines » qui causèrent la mort de son père et 9 membres de sa famille.

Par ailleurs, des personnes du Nord-Pas-de-Calais rattaché par l’occupant à la Belgique furent arrêtées fin 1943 à la suite de l’ordre d’Himmler d’arrêter tous les Tziganes de Belgique et du Nord-Pas-de-Calais, puis internées au camp de Malines et déportées vers Auschwitz le 15 janvier 1944. Seules 12 personnes belges ou françaises ont survécu sur les 351 convoyées de Malines à Auschwitz.

 

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Parmi les 351 personnes, au moins 145 étaient françaises, au moins 121 étaient belges, et 107 étaient des enfants de moins de 16 ans.

Il existe également quelques cas connus, non exhaustifs, de Gitans français déportés en tant que résistants.
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De nos jours les Roms sont encore victimes de préjugés, ils sont le bouc-émissaire d’une partie de la population. Les rumeurs les plus effrayantes courent à leur sujet. Les Roms sont encore pourchassés et expulsés de leurs camps très régulièrement.

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